Partager l'article ! Le cancer du sein en question (Metro - 8 octobre 2008): Le cancer du sein en question Maurice Schneider, oncologue, Président du comit ...
Photo : N.R/METRO
Maurice Schneider
Maurice Schneider : Bonjour, je suis heureux d'être ici avec vous.
Léa : Bonjour. Peut-on surveiller sa poitrine seule ?
On le peut mais il faut faire régulièrement le dépistage organisé de masse ou avec son médecin traitant, ce qui est beaucoup plus précis que l'autopalpation.
Nadia : Comment expliquez-vous l'augmentation du nombre de cancer du sein en France ? Est-ce environnemental ?
Effectivement, il y avait 20.000 cas nouveaux de cancer du sein en 1980 et il y en avait 40.000 nouveaux en 2000.
La population a beaucoup augmenté, l'espérance de vie également et ceci peut expliquer une certaine augmentation mais pas toute l'augmentation. On a incriminé le traitement hormonal de la
ménopause et depuis 2003-2004, la diminution de ces traitements va de paire avec une diminution modérée des cas de cancer du sein. Mais ceci n'explique pas tout. Il y a certainement d'autres
causes que l'on ne connaît pas bien.
Sandrine : Tous les pays sont-ils concernés par cette augmentation du nombre de cancer du sein ? Certains sont-ils épargnés, si oui pourquoi?
Cette augmentation existe dans la plupart des pays. Certains effectivement sont épargnés. En particulier les femmes japonaises. On a crû un certain moment que c'était un problème de race. En
fait, il s'agit bien d'un problème de vie car les femmes japonaises qui partent aux Etats-Unis retrouvent quelques années après la même fréquence de cancer du sein que les femmes américaines.
Emma : À quel âge doit-on commencer à faire des mammographies ?
En fait, le dépistage organisé du cancer du sein commence à 50 ans et les jeunes femmes dont la mère, la tante ou d'autres femmes de la famille qui ont présenté un cancer du sein doivent faire
une mammographie plus tôt, à 30 ou 40 ans.
Jeannot : Le régime alimentaire pourrait-il expliquer que les japonaises soient moins exposées?
C'est une question très importante à l'heure actuelle. On sait que le surpoids et l'excès de graisse augmentent le risque de cancer du sein. Cependant je dois dire que l'on n'a pas étudié
vraiment la nourriture des femmes au Japon.
Franck : Quelle est la part d'hérédité?
Il y a environ 5% de tumeurs du sein héréditaires. Quels sont les principaux facteurs de risques ? Il y en a plusieurs : une puberté précoce, une ménopause tardive, l'absence de grossesse sont
des facteurs de risque importants en plus de ce que j'ai dit déjà sur la nourriture et, plus récemment, on a démontré que l'alcool est aussi un facteur de risque.
Grattelle : Comment se passe une reconstruction mammaire? Quand peut-on le faire, de suite après une opération?
Il m'est difficile de répondre à cette question car tout dépend du geste chirurgical, de la structure des seins et, en fait, c'est le chirurgien qui va décider avec la malade si on peut faire
cette reconstruction immédiatement ou s'il faut attendre un ou deux ans.
Fleur : Est-il vrai qu'il est plus grave d'avoir un cancer du sein à 30 ans qu'à 50 ans?
Sophie : Ou en est la recherche en la matière? Sur quelles avancées travaille-t-elle et quelles sont les principales avancées de ces dernières années?
Il y a beaucoup de recherches à l'heure actuelle, dans tous les domaines des cancers en général et des cancers du sein en particulier. Une recherche est à l'heure actuelle très importante : c'est
l’étude de ce que nous appelons les thérapeutiques ciblées, c'est-à-dire des traitements qui attaquent le processus cancéreux lui-même.
April : Les prothèses mammaires favorisent-elles les cancers du sein?
Non.
Sly : Comment un cancer se forme t'il ?
Tout part des gènes : il y a des gènes qui favorisent la multiplication normale des cellules et à un certain moment, d'autres gènes diminuent la vitesse de multiplication et la cellule va mourir
par apoptose (suicide programmé par des enzymes). Si un gène est lésé ou muté, par exemple par le tabac, il y a une augmentation considérable de la multiplication des cellules, formation d'une
tumeur et les gènes qui devraient diminuer et arrêter la multiplication ne font pas leur travail et ainsi se crée une tumeur qui va se développer toute seule et qui risque ensuite de donner des
métastases dans d'autres organes du corps.
Samir : La chimiothérapie est-elle évitable? Peut-on obtenir les mêmes résultats avec un traitement hormonal?
Oui, la chimiothérapie n'est pas obligatoire. Tout ceci dépend des résultats de l'examen de la pièce opératoire. S'il on trouve une petite tumeur avec des récepteurs d'hormones, sans atteinte des
ganglions de l'aisselle et avec les autres caractéristiques de bon pronostic, on peut après l'irradiation donner uniquement une hormonothérapie.
Jeanne77 : 50 000 nouveaux cas par an... Ne serait-il pas temps d'augmenter la prévention?
En fait il n'y a que 44.000 nouveaux cas mais vous avez tout à fait raison. Les Français sont bons pour traiter les cancers mais nous ne sommes pas bons pour la prévention. Il faudrait diminuer
les facteurs de risque : nourriture, surpoids, alcool et augmenter le nombre de femmes qui font le dépistage organisé.
Patty : Ma cousine et ma grande tante ont eu un cancer du sein. J’ai 25 ans, faut-il que je fasse une mammographie?
Oui, celle-ci vous servira pour plus tard et il faut que vous soyez plus vigilante qu'une jeune femme qui n'a pas de cancer du sein dans sa famille. Et peut-être, il serait bon que votre cousine
et votre grande tante aillent faire une consultation d'onco-génétique dans un centre de lutte contre le cancer.
Ali : Qu'est ce qu'une hormonothérapie?
A la fin du XIXème siècle, un chirurgien a enlevé les ovaires à une femme qui avait un cancer du sein métastatique. Et elle a eu une rémission. Un peu plus tard, Antoine Lacassagne a obtenu un
cancer du sein chez la souris en lui injectant des hormones femelles. Et dans les années 70, on a eu des résultats très importants avec l'anti hormone : le tamoxifène qui est très actif sur les
cellules cancéreuses si celles-ci portent des récepteurs hormonaux.
Jeannot : Pouvez-nous en dire plus sur les thérapeutiques ciblées?
Il y a à la surface des cellules des récepteurs pour des facteurs de croissance et dans les cellules cancéreuses, ces récepteurs sont très augmentés en nombre. Et quand le facteur de croissance
se lie au récepteur, ceci amène une signalisation dans la cellule qui va se multiplier beaucoup plus rapidement, être plus susceptible de s'entourer de vaisseaux pour nourrir la tumeur et donner
des métastases. On a mis au point d'une part des anticorps monoclonaux actifs sur la partie externe du récepteur et d'autre part des petites molécules actives sur la partie interne du récepteur.
Ces traitements se révèlent à l'heure actuelle extrêmement actifs et dans le cancer du sein, il y a un produit très efficace qui est un anticorps monoclonal : le trastuzumab ou herceptine.
Johnny boy : C'est douloureux, une mammographie?
Ça peut être douloureux selon, d'une part, l'épaisseur de votre sein que l'on comprime, et d'autre part, par certaines ou certains techniciens qui peuvent être plus ou moins brusques.
Germain : Le cancer du sein a-t-il des propriétés qui le rendent plus guérissable que d’autres cancers ?
Pas particulièrement. S'il on prend le traitement à un moment où la tumeur est inférieure à 2 cm , il y a plus de 80 % de guérison. D'où l'intérêt du dépistage.
Jennie : Pourquoi ne pas généraliser le dépistage dès 40 ans ?
C'est un problème important. Mais avant 50 ans, les mammographies sont plus difficiles à interpréter et puis il y a également une question du coût pour l'Etat mais c'est une question qu'on se
pose à l'heure actuelle.
Cilou : Quels sont les moyens engagés par l'état dans cette lutte?
L'Etat et, très souvent, les Conseils généraux donnent les fonds pour que ce dépistage soit possible et des associations comme notre Ligue contre le cancer participent également à ce financement.
Flo : Comment aider les femmes qui ont subi une ablation et se sentent mutilées. Les médecins prennent-ils assez le temps de leur parler, d'expliquer ?
Il y a de plus en plus de traitements de support, et en particulier des psychologues pour aider ces malades. Il a également des espaces où tout est fait pour que ces malades retrouvent une vie
normale. Et je citerais l'espace ligue que nous avons fait à Nice, où une femme peut trouver des ateliers de psychologie, de gymnastique douce, de sophrologie, même une école de théâtre pour
pouvoir retrouver une vie normale.
Steve 33 : Comme compagnon, comment peut-on être vigilant sur la détection d’un éventuel cancer du sein de son amie ?
Il faut stimuler son amie pour qu'elle fasse régulièrement un dépistage, tous les deux ans. C'est la meilleure façon de l'aider.
Annick : J'ai lu qu'il y avait des risques de rechute, même une fois guérie. C’est courant ?
Il y a effectivement des risques de rechute et c'est pour cela qu'on va revoir le cancérologue régulièrement tous les six mois puis tous les ans. On s'est récemment rendu compte que l'activité
physique peut permettre de diminuer le risque de rechute. De même, s'il on évite le surpoids, les graisses, l'alcool et le tabac.
Cédric : J'ai vu une interview dans un numéro spécial de Metro la semaine dernière qui disait que le cancer serait éradiqué d'ici 5 ans... C'est possible ou le monsieur interrogé était un peu
trop optimiste ?
Personne ne sait quand on guérira les cancers en général. Je pense que cette personne était peut-être un peu trop optimiste.
Jenny : Avez-vous suivi la campagne lancée ce mois-ci sur le cancer du sein. Qu'en pensez-vous?
J'y suis tout à fait favorable. C'est comme ça que l'on arrivera à démystifier le terme de cancer car, à l'heure actuelle, il y a encore une importante peur quand on prononce ce terme.
Loana : Les traitements du cancer du sein sont-ils coûteux et bien remboursés par la sécu ?
Les traitements du cancer du sein sont totalement pris en charge par la sécurité sociale.
Yvette : Quels sont les meilleurs centres et hôpitaux pour se faire soigner en France?
La liste serait trop longue. Sachez simplement qu'avec le plan cancer, il y a maintenant dans toute la France des réseaux où tous les dossiers des malades sont discutés pour leur donner les
meilleurs traitements et, à l'heure actuelle, dans les CHU, les CHG, les centres de lutte contre le cancer et dans les cliniques privées, il y a des médecins au courant des traitements les plus
modernes et je pense que de plus en plus les malades peuvent avoir accès aux meilleurs traitements.
Jeannot : Comment éviter tout risque ? Quelles sont vos consignes?
On ne peut pas éviter tout risque. Vous savez que la vie est une maladie mortelle, sexuellement transmissible.
Gamine : Etes-vous confiant dans les progrès de la recherche? Des évolutions notables seront-elles bientôt visibles? Peut-on imaginer une chimio qui ne fatigue pas autant et qui ne fasse pas
perdre ses cheveux ?
Je suis confiant dans les recherches actuelles. Les thérapeutiques ciblées sont moins toxiques que les chimiothérapies. Toutes les chimiothérapies ne font pas perdre les cheveux. C'est simplement
le cas de certains produits et bien sûr, on a un certain nombre de progrès en particulier, on arrive à faire des chimiothérapies que l'on peut prendre par voie buccale. Et de plus en plus les
malades peuvent suivre leur traitement assez souvent à domicile.
Garance : Vous-même comment faites-vous tous les jours dans votre pratique pour garder l'espoir ? Que dites-vous à vos malades ? Toujours la vérité ?
Je garde toujours l'espoir. Et quand je vois pour la première fois un malade avec un cancer dont le pronostic est mauvais, je garde l'espoir que ce sera le premier malade guéri.
On est obligé maintenant, légalement, de dire au malade la vérité. Mais il y a des façons de le dire et le dispositif d'annonce prévu par le plan cancer explique vraiment au malade le diagnostic,
le traitement qu'il va recevoir et ceci est beaucoup mieux accepté par le malade qu'auparavant.
Prune: peut-on déjà bénéficier de ces thérapeutiques ciblées ?
Oui, parfaitement.
Corinne : Vous trouvez que le thème est bien traité dans les fictions ? Certaines séries ou films ont abordé le sujet, qu'en pensez-vous ?
Beaucoup de séries ne traitent pas bien le sujet. J'avoue que je suis séduit par la série Urgences qui reproduit bien ce qui se passe, en particulier aux Etats-Unis.
Johnny boy : Que pensez-vous du prix Nobel de médecine attribué cette semaine?
Je trouve que c'est merveilleux pour la recherche et en particulier pour les Français qui ont fait, là, une découverte très importante sur cette horrible maladie qu'est le sida.
Loana : Y a-t-il des différences entre régions françaises ? Des régions sont-elles plus touchées que d'autres ? J’habite près d'une centrale nucléaire et j'avoue ne pas être très rassurée
!
On n'a jamais démontré qu'il y avait plus de risques près d'une centrale nucléaire. Par contre, pour la première partie de votre question, il y a des différences entre régions. Le Nord de la
France est plus touché que le Sud. Et nous pensons que ce sont les conditions sociales, car il y a plus de pauvres dans le Nord qui n'ont peut-être pas assez d'argent pour acheter des fruits et
des légumes et qui se nourrissent plus mal. Ce qui peut expliquer en particulier ces différences.
Merci pour toutes ces questions qui montrent bien l'intérêt pour les traitements et la prévention des cancers. Et je serais ravi de revenir parmi vous !
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